31/07/2014

Conférence sur les zines musicaux et le DIY

Dans le cadre des festivités des 25 ans de la Fanzinothèque, le label KICKING organise son festival le 20 septembre 2014 à Buxerolles (86). J'interviendrai en début de soirée pour une conférence sur l'histoire des zines musicaux, notamment punks, et de leur rapport avec le DIY.

Seront évoqués (dans le désordre - liste non limitative) : Sniffin'Glue, Pogo Tango, Demostaz, Foetustriel, Vendetta, Bondage, Arrière-plan, Armageddon, The Gossip, West Bay Dadaist, Bordel 666, Panache, Ripped & Torn, Jamming, Koid9, High Powered, Contradiction, On A Faim, Je Vous Emmerde, No Government, Heartland, Obsküre, Alliage, Magic Mushroom, Twice, Premonition, Another View, Search & Destroy, Boy's Own, Jellyfish, L'index... et aussi : Monte Cazazza, Mark Perry, Matoo-Watoo, Genesis P-orridge, Franck Vergeade, Dimitroy, Shane McGowan, Bruce Pavitt, Valhalla Vale, Pousse-Moussu...


30/03/2013

Ora Pro Nobis, Brest, 1991

Edité par l'association du même nom, Ora Pro Nobis est davantage une feuille d'infos qu'un fanzine. Format A5 et photocopié, il offre 8 pages de news diverses où dominent quand même les courants new/cold/dark waves. Elle est rédigée par Yann Belin, un activiste de l'undergound brestois a qui l'on doit quelques compilations K7 cold-wave d'anthologie telles que Esom Elion Esmaris (1989) ou Freak Show (1993). YB animait également l'émission Elegia sur Fréquence Mutine Brest. En 1993, au climax de son activité, l'association OPN publiera également le fanzine Charivari.

OPN 1991 PDF

20/03/2013

Liens vers les scans de zines

Tous les PDF sont (étaient) stockés sur le MEGA site préféré du FBI... donc les liens vers les fanzines sont désormais morts jusqu'à ce que je retrouve une solution de remplacement et le temps de tout re-uploader... désolé.

Mise à jour (20 mars 2013) : après avoir cherché la moins pire des solutions pour le stockage, j'ai décidé de mettre les pdf sur le site Issuu.com. Je ferai la mise à jour par article progressivement mais pouvez consulter l'ensemble de la fanzinothèque à cette adresse : http://issuu.com/samueletienne

25/08/2011

New Waves, Paris, France, n°8 - 1991

New Waves n°8, avril 1991

New Waves (avec un S) est un intermède (1990-1995) papier journal du célèbre fanzine NEW WAVE créé par Aline Richard et Patrice Herr Sang en juin 1980. La publication du fanzine s'arrête une première fois en 1988 pour cause de surcharge de travail liée au label New Wave Records et à l'activité de distribution alternative (Al di La, qui fonctionne toujours et sans interruption depuis 1982!). 30 numéros et quelques hors-série ont été publiés.


En 1989, l'équipe du zine tente alors l'aventure média de masse en s'associant avec la SARL B.D.; le mégazine SUB-ROCK émerge en mars 1990, reprenant le format originel de New Wave (un mégazine est "un magazine professionnellement réalisé mais avec un esprit fanzine" selon le communiqué de presse de l'époque). Tout cela tourne court (4 n°) et les équipes de direction et de rédaction se séparent dans la douleur. Sub-Rock ressort une dernière fois, sous format magazine classique, avec une couv' en quadrichromie, une mise en page sans originalité et un flexi des VRP... un Sub-Rock n°5 fantomatique, bien loin de l'état d'esprit originel. 
Aline et Patrice Richard créent alors New Waves, édité par l'association APMC à partir de l'été 1990. Le S final est ajouté pour se démarquer du courant "new wave", appellation que les eighties se sont chargé de réduire aux courants post-punk portés par The Cure.  Le lien avec le fanzine passé se fait via la numérotation puisque le premier numéro est le n°6..., attention faut suivre. Il apparaît sous un format plus réduit et sur papier recyclé, imitant les zines US tels que Maximum Rock'n'roll. Particularité pourtant : le zine est distribué gratuitement (enfin à partir du n°6, le n°5 -été 1990, une sorte de n°0- était encore payant, ouais, je vous avais bien dit qu'il fallait suivre). La publication s'arrête une nouvelle fois après 11 n°, car Aline et Patrice s'investissent davantage dans l'univers manga et publient le mangazine Celia.
New Wave (sans S) reviendra une nouvelle (dernière?) fois sur la scène papier en 2002 avec le retour au format 38x28 des 80's pour une quinzaine de numéros mêlant rétrospective et actualités alternatives. P. Herr Sang relate sa vision de l'aventure NW en détail ici et .


Toutes les activités de l'association Célia ici

New Wave n°2, 1980 scanné par la Fanzinothèque (ici), résolution basse, pages tronquées
New Wave n°30, 1987 scanné par la Fanzinothèque (ici), résolution basse, pages tronquées

22/05/2011

Think Positively n°2, Nantes, juin 2010

Amateurs du papier-colle-ciseaux bienvenus! Voici un zine presqu'entièrement fait à la main et qui adopte le découpage-collage comme matière première graphique. C'est beau, comme toujours, çà faisait bien longtemps que je n'étais pas tombé sur un zine dans cet esprit-là. Think Positively est le premier projet zine de Phab qui a commencé un groupe à 15 ans, ce zine à 16, organise des concerts depuis qu'il en a 18 et se lance dans une distro puisque maintenant il a 19 ans... L'année prochaine, on devrait voir apparaître son label K7 dans la région nantaise... Esprit DiY ancré dans les tripes, on ne s'étonne donc pas de lire des chroniques et comptes-rendus de la scène punk-hXc-fastcore-ultracore-mais-encore... A la lecture  de l'interview de Build me a bomb records, on se rend compte que le processus d'existence et de survie d'un label punk n'a guère évolué depuis 30 ans... faut-il s'en désoler ou s'en réjouir? Les interviews sont assez intéressantes car - et je le souligne car ce n'est pas toujours systématique dans les zines - on y apprend plein de choses! Les Lasting Values ont tout compris au rock : le dernière phrase de l'interview le prouve!
Une drôle de découverte pour moi : Eric le Violongay, un OVNI comme on en fait plus, québécouais barjot, premier ou centième degré, on ne sait plus, on s'y perd, un type fan de "le blond/chatain ou le chatain/bruns habillé en chemise uni blanc cassee & jeans noir qui me jouerait du violon" qui aimerait lui jouer du violon... Faut être probablement né après 1990 pour saisir le truc...
Les 4-5 pages sur le végétarisme m'ont encore donné envie de me tailler une belle côte de boeuf: chacun ses goûts ! Plus des chroniques zines et skeuds.


Think Positively, n°2, A4, 44 pages, tirage : 50 ex. 
Retrouvez toutes les actus de TP en couleurs ici.
Télécharger le PDF (60 Mo, merci Phab pour le fichier!)

15/05/2011

Armageddon, n°0 bis, Nantes, France, 1992

La suite (et la fin) de ce zine qui voulait devenir grand. Six mois après un numéro zéro qui se cherchait une personnalité, l'équipe d'Armageddon a trouvé une identité graphique (signée Pierre Joubert, chanteur du groupe noisy-pop R.I.P.) assurément professionnelle (comparez les deux n° 0 pour vous en persuader), et une qualité rédactionnelle certaine. On s'étonne cependant du recentrage musical : exit les musiques obscures, voici de la pop à tous les étages! Bien étrange quand on continue à s'appeler... Armageddon ! Remarquez cela nous vaut une belle interview avec Doctor Phibes and the House of Wax Equations (sacré nom pour des poppies!, çà change des La's).
Cet "échantillon commercial" était destiné à trouver des annonceurs, apparemment cela n'a pas été concluant car il n'y a pas eu de suite "mainstream"...

Armageddon, n°0, Nantes, France, 1992

Ce zine affiche d'emblée ses ambitions : ce numéro zéro, sous-titré "magazine indépendant" est un essai (c'est bien le propre d'un numéro 0), "informel voire maladroit", et un avant-goût d'un futur magazine professionnel qui se placera à côté de Magic Mushroom et Prémonition, rien que çà ! Les rédacteurs sont en même temps de déjà "vieux" fanzineux issus d'autres titres locaux comme The Gossip ou Trempo Mag. La ligne éditoriale est en accord avec le nom du zine, franchement électro ou dark, et on demande ce que viennent faire les Littles Rabbits au milieu des Sisters of Mercy, Love Like Blood, Rosetta Stone, Youngs Gods, Borghesia, Current 93, Collection d'Arnell Andréa, etc. Arghhh! Il est vrai qu'en 1992 un renouveau de la scène goth se prépare tranquillement outre-Rhin et Elegy ou D-Side n'existent pas encore. La mise en page est ultra-sobre, genre "je découvre et j'abuse des bienfaits de Quark X-Press et du Macintosh", mais le choix des typos change d'une page à l'autre et il ne s'avère pas toujours très judicieux. Un numéro 0 bis (sic) suivra un peu plus tard, mais jamais le moindre numéro 1...

08/05/2011

Les Eaux Noires et le Grand Quoi, Nantes, septembre 1988

LENELGQ est une sorte d'ovni de la scène fanzinesque nantaise de la fin des 80's. On se demande même s'il faut toujours parler de zine... Il se distingue en effet à l'effort plastique concédé par ses créateurs: on dépasse de loin le stade de la photocopie crasseuse pour flirter avec l'objet précieux. Divers matériaux sont utilisés: rhodoïd, papier Canson noir épais pour une pochette extérieure avec collages faite à la main (les 2 premières pages du PDF), le corps principal étant imprimé sur un papier ivoire à texture toile. Un objet de belle manufacture, possible mise en abyme de son objet d'étude musical, la cold-wave: sophistiquée, glacée, souvent binaire (Coil, Anne Clark, David Sylvian). S'intéresse aussi à la littérature (Milan Kundera), à un artiste local (Eric Perraud). Et, concession obligée à l'hymne de l'été 88, à Gamine...
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30/04/2011

Comme un boomerang, n°4, Montréal, Canada, 1987

A quoi reconnaît-on un zine québécois ? à la place qu'y occupe la défense de la francophonie, pardi ! De notre côté de l'Atlantique (enfin le vôtre, parce que moi en ce moment...), au milieu des années 80, le français, en tant que langue, ne s'est jamais senti réellement menacé par la déferlante anglophone - par les politiques si, cf. les lois sur les quotas de radiodiffusion, mais pour le pékin moyen, écouter du rock anglophone n'a jamais paru comme une brèche fendillant la langue de Molière -. De l'autre côté de l'Atlantique, où l'on pratique plutôt la langue de Corneille, c'est une tout autre histoire... et le terme "franco" (comprenez francophone) est un leitmotiv surprenant et parfois un brin tendancieux des textes publiés dans CUB : "Mais tabarnak, c'est sur le plancher de danse des discos que le combat doit être mené, au coude à coude contre toute la clique Italo-Judéo permanentée du samedi soir. C'est sur les ondes des grosses FM de Mtl, dans les clubs de rockers chic ou dans les bars alternatifs à-la-grattes-moi-le-cul qu'il faut concurrencer le monopole de la zizik British..." (page 4). 
L'histoire tumultueuse de "Louie Louie", de Richard Berry (non, pas lui) aux Kingsmen, est évoquée sur deux pages, ou comment un des classiques du rock'n'roll a failli tomber aux oubliettes.

The Kingsmen - Louie Louie by fredozydeco

Plus surprenant est l'article sur Kick, chanteur des proto-punks bordelais Strychnine, qui poursuivait là une carrière sous son propre nom de scène. Un peu plus tard, on retrouvera Kick et Loran des Bérus dans le duo Ze 6.
Ce numéro 4 sort peu après l'annulation de la tournée québécoise 1987 des dits Bérus, le contact du zine, Nicolas Bouchard, étant d'ailleurs le correspondant officiel de Bérurier Noir au Québec. Comme un boomerang était également doublé d'une émission radio du même nom sur (c)kut FM 90.3. Celle-là était spécialisée punk rock ska garage reggae oi! hip hop francophones... L'interview du quatuor féminin Vertical Pillows est la quintessence de la bonne interview qui fait sourire : de la retranscription sans tabou, aussi bien des déclarations des donzelles que de l'environnement (le Chinois qui passe commande, Fred qui renverse la table, etc.). On n'apprend pas grand chose, çà part dans tous les sens, mais on sent bien l'ambiance "backstage" fin de concert. Pur moment d'anthropologie zinesque!
Au chapitre "Coup de maître" de ce zine, notons que le n°3 (Décembre 1986) était accompagné du 45T "Radical hystery" des Thugs sorti chez Gougnaf Mouvement en janvier 1985.
Au sommaire également: The Godfathers, le "pépé" Iggy Pop, No Means No, le rock en Espagne, et un compte-rendu express des Chesterfield Kings.
Vous remarquerez dans le PDF l'absence de 4 pages (8, 10, 31, 33) résultant probablement d'une erreur d'impression (verso non imprimé), désolé je n'y peux rien et je n'ai pas poussé le vice à scanner les pages blanches, mais si quelqu'un peut m'envoyer les pages manquantes...
format 215x280 mm, 40 pages, NB
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21/04/2011

Rock Press, n°4, Toulouse, 1987

Rock Press est un drôle de fanzine, car dès le 1er numéro il apparaît comme une petite "entreprise" mûrement réfléchie: on ne lance pas un mensuel rock imprimé en offset sur un coup de tête... pourtant aucun des membres de l'équipe rédactionnelle n'avait d'expérience de presse professionnelle au préalable, tout juste l'animation d'une émission de radio sur FMR Toulouse. Les annonceurs et les mécènes locaux sont au rendez-vous dès le premier numéro (DRAC, Conseil Régional, Crédit Mutuel (!)...) qui est auto-financé, mais la subvention quinquennale "Jack Lang" offerte au Collectif d'Activités Musicales de Donneville assure une bonne partie du financement par la suite (au plus fort de son existence, Rock Press coûtait quand même autour de 160.000 FF par mois). Le réseau de distributeurs est essentiellement concentré sur le sud-ouest lors du lancement du n°1 en octobre 1986 (Aquitaine, Midi-Pyrénées + Paris), mais il devient quasi-national 6 mois plus tard (44 départements couverts). Le n°10 (juillet-août 1987) annonce d'ailleurs un passage aux NMPP pour la rentrée 1987. Deux numéros suivront et le 13, fatal, restera dans les cartons.
Dans ce numéro 4, comme dans les suivants, les styles traités sont nombreux et Rock Press offre une couverture exhaustive de l'actualité rock au sens le plus large possible : stars internationales (Ultravox, OMD), groupes britanniques émergents (The Pogues, The Woodentops), ou jeunes talents (Folamour, Died Pretty) se côtoient sans plus de discernement... les news s'attardent sur l'actualité des fanzines, les K7 compils de petits labels indés, etc.  Bref, c'est un objet éditorial étrange, tenant autant de Best ou Rock and Folk que du Abus Dangereux des débuts. Un prozine rock total en somme.
Il est par ailleurs assez remarquable qu'un tel zine ait compté parmi ses rédacteurs des activistes aux multiples facettes qui ont poursuivi pendant plusieurs décennies leur dévotion à la culture rock: le musicien Gill DoughertiFloréal Martorell fondateur du Collectif d'Activités Musicales puis d'un magazine rock en espéranto, Jean-François Vaissière rédacteur de Rock and Folk de 1986 à 2002 (un nouvel exemple du fanzine comme tremplin professionnel) et qui entame aujourd'hui une carrière de musicien folk-blues-country sous le pseudonyme Jefferson Noizet, Bernard Villeneuve devenu en 1991 le responsable du tourneur/producteur/label Willing Productions, ou encore le journaliste musical Philippe Astor.
Le n°1 (octobre 1986) a été scanné par la Fanzinothèque (PDF), on s'y attardera plus particulièrement sur la chronique des services minitel rock qui nous rappelle qu'internet existait en France dès les années 80... 
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Rock Press n°4, janvier 1987, format A4, 44 pages, impression offset

Merci à Philippe Astor et Flo Martorell pour les infos sur la création de Rock Press.

17/04/2011

Rock Ballad, n°1, Bordeaux, France, 1987

Autant le dire tout de suite, Rock Ballad couvre, dans ce numéro 1, un domaine du rock qui ne m'a jamais vraiment intéressé, à part Elliott Murphy et les Roadrunners. Little Bob, qu'on retrouve en interview, m'a toujours passablement agacé (il faut dire que lors d'une discussion avec lui, à la fin d'un concert à Nantes, nous n'étions pas parvenus à nous mettre d'accord - c'est un euphémisme - sur l'utilité du pogo lors d'un concert-rock). Mais c'est aussi en cela que ce prozine est intéressant et symptomatique des motivations des zineurs : l'absence de considération de la presse rock traditionnelle et des fanzines pour la pop-rock ou le country-rock en a été le moteur initial, et le créneau d'expression privilégié. Je ne peux m'empêcher de penser que Rock Ballad est aussi une sorte de réponse au fanzine mensuel (!) de la région toulousaine Rock Press: même format, même style d'impression, mais un plus grand mélange des genres pour ce dernier (j'y reviendrai). D'ailleurs, au moment même où Rock Ballad sortait ce premier numéro, Rock Press tentait de son côté le passage du côté obscur de la presse avec le lancement d'une formule distribuée par les fossoyeurs professionnels de la petite presse, les NMPP.
Côté rédacteur, il y a quand même du beau monde dans ce premier opus de Rock Ballad, José Ruiz notamment, qui est un ancien membre de Stilettos et surtout de Gamine dont il a composé la musique du 45T "Voyage". Il quittera le groupe juste avant le succès grand public de "Voilà les anges" (1987), mais restera jusqu'à ce jour un animateur de la presse rock nationale (collaborateur récurrent de Best) et bordelaise. 
format A4, 32 pages, impression offset.
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08/04/2011

Kiss The Blade, n°2, UK, 1987

Véritable zine de fans que ce Kiss The Blade puisque dédié - on pourrait dire dévoué - aux Caïn et Abel du goth: The Mission/The Sisters of Mercy. Sortie début 1987, il est un formidable témoignage (à travers une croustillante interview backstage de Hussey et Adams) sur les conditions de transition sisters/mission et l'émergence du nouveau groupe des deux rescapés sisteriens. Le fameux insert du tirage de tête du Reptile House EP est reproduit en poster central. On retrouve dans ce numéro des facs-similés des chroniques de Gods own medicine parues dans le NME et le Melody Maker (dont cette cinglante conclusion de David Quantick: "this album is inane and I shall sell it tomorrow"). Le fanzine est accompagné d'une cassette bourrée de morceaux "tombés du camion": des rushes de studios des Sisters (1984-85), leurs premiers concerts à Leeds et York (1981), une interview d'Andrew Eldritch sur une radio canadienne, les Janice Long Session de The Mission (1986), un morceau live des Skeletal Family + Eldritch, et 3 morceaux de James Ray... du bootleg de compétition pour l'époque!
28 pages, tirage : 250 ex numérotés à la main.


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06/04/2011

Yé-yé '84, Québec, novembre 1984

Une dizaine de rédacteurs dirigés par Richard Baillargeon élaborait ce fanzine mensuel dédié à la scène yé-yé québécoise, vingt ans après son apogée (on comptait près de 500 groupes au Québec dans les 60's). A la fois archiviste et média de niche faisant survivre et revivre ce courant issu du rock'n roll, Yé-yé est partagé entre rétrospective et actualités de la scène des "musiques d'agrément" du milieu des années 80. Un "poster" central bien sympa présente 5 formations disparues dont une courte biographie figure quelques pages plus tôt. Le fanzine sortait tous les 15 du mois et l'aventure s'est poursuivie jusqu'en 1989 avec le numéro 6 du volume 6 qui est annoncé comme l'ultime production (voir la chronique dans Inter: art actuel). Les numéros sont consultables à la Bibliothèque et les Archives du Canada.
Tirage de ce numéro 2 volume 2 : 300 ex.
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05/04/2011

Journalsong, n°5, Portland, Etats-Unis, 2002

Ce petit zine de 96 pages format A5 illustre ce que l'on appelle les "perzines", contraction de "personal fanzine". Il s'agit ni plus ni moins que d'un journal intime qui aurait perdu son côté secret puisque publié au grand jour. Rien de bien extraordinaire à l'heure des blogs sur tout et (surtout) n'importe quoi, mais une démarche plutôt originale il y a 10 ou 15 ans de cela. Le style littéraire de Journalsong est très US: phrases courtes, sèches, sans fioritures. Le style graphique quant à lui est un petit condensé de l'esprit DIY: la couverture est ainsi dessinée à la main (chaque exemplaire est donc unique!) au crayon de bois et de couleurs... 58 exemplaires pour ce n°5, 58 couv différentes... L'intérieur est également roots avec des textes tapés à la machine à écrire sur papier blanc, découpés et collés sur du papier à lignes puis photocopiés.
L'auteur, Steve Gevurtz, est un brin déphasé avec le monde qui l'entoure, il nous livre ses impressions, interrogations, agacements, et autres ras-le-bol au fur et à mesure de ses humeurs très changeantes, souvent moroses, de ses amours toujours déçus, de ses cuites à répétition. J'ai bien aimé la petite note sur le jeune punk à l'arrêt de bus qui lit Cometbus avec un air un peu dédaigneux, et le sentiment exaspéré de Steve : "Je ne peux pas croire qu'on lise encore Cometbus"...
Le numéro 6 a été publié par Microcosm Publishing, une sorte d'asso promouvant la culture zine sur Portland.
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26/03/2011

Bordel 666 n°0, Nantes, France, 1984

L'un des pionniers du fanzinat punk nantais. Bordel 666 est: irrévérencieux, graveleux, insolent, cradingue, bref, dans l'air du temps!
Sommaire: Les Collabos, Reich Orgasm, Angelic Upstarts, Les Cadavres, Vatican, Nina Kuss.
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Magic Mushroom n°0, Saint-Malo, France, 1991

Beaucoup de magazines musicaux professionnels ont démarré leur carrière sous la forme d'un fanzine. Magic!, la revue pop moderne que vous trouvez en kiosque depuis une quinzaine d'années, n'échappe à cette règle, si ce n'est peut-être que l'aventure dure ici depuis 20 ans, ce qui reste exceptionnel.
Lancé en février 1991, à l'occasion de la première édition du festival La Route du Rock - un autre succès qui dure -, le fanzine est alors édité par l'association malouine Sidérant. Dès le numéro 1, le fanzine migre officiellement à Paris (association Psylöh), d'où il monte en puissance progressivement en développant un réseau national de dépôt-vente. Côté rédactionnel, il se spécialise dans la culture pop, un créneau qu'ont partiellement abandonné les Inrockuptibles dans la première moitié des années 90. Il passe à la distribution nationale en 1995 et laisse tomber pour l'occasion le côté "Mushroom".
Notez que ce premier numéro fait la part belle à des styles musicaux pas franchement pop (Chumbawamba) voire franchement "obsküres" (Killing Joke)...


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15/03/2011

The Gossip, Hors-série n°2, Nantes, France, 1990

Un second numéro hors-série qui se contente d'être un court programme de la Fête de la Musique sur 2 pages. 4 pages A4, impression offset, 5000 ex. 
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The Gossip, n°4, Nantes, France, 1990


Le fanzine nantais change de calibre avec un passage par l'imprimerie. Agrafage central, 28 pages offset. Tirage: 1000 ou 1500 exemplaires. 250 exemplaires ont été distribués gratuitement à l'occasion du concert "Les Rockeurs ont du coeur" au Majestic. Au même moment, The Gossip a édité la compilation K7 "Rock'n Noël" avec Dada's Noise, Chears, Lion's Bones, Narcys' Guns, Elmer Food Beat, EV et Incognito.
Sommaire : La Mano Negra, Toy Dolls, Cyclope, Royal de Luxe, Les Pieds Tendres (qui ont réalisé la couv' et les illustrations).
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13/03/2011

L'index, Nantes, France, 1997

Fanzine nantais satirique à numéro unique, fils spirituel de L'infax (1994-1995). On retrouve parmi les concepteurs des membres de The Gossip, L'infax, Armageddon et des musiciens du groupe Crash. Un seul numéro distribué gratuitement dans les bars à la fin de l'année 1997. Tirage: quelques centaines d'exemplaires. Format A5, 4 pages.
Interview: Taedium Vitae.
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The Gossip, n°3, Nantes, France, 1989

Troisième numéro du fanzine nantais The Gossip, publié en octobre 1989. 120 exemplaires, 46 pages.
Sommaire: Dominic Sonic, EV, Normal Loy, Dada's Noise, Elmer Food Beat, Squealer, The Cure, Narcys Guns...
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Les versions intégrales des interviews de Dominic Sonic et EV sont également disponibles en vidéo:
EV : http://www.youtube.com/view_play_list?p=0C079FE4D328EDFB 
Dominic Sonic : http://www.youtube.com/my_playlists?p=C05C2E9904B51DF2

The Gossip, Hors-série n°1, Nantes, France, 1989

Troisième numéro pour ce fanzine nantais, sous la forme d'un hors-série spécial "Fête de la Musique". Une première du genre qui sera rééditée les années suivantes et imitée également par d'autres zines. Sorti le 21 juin 1989, tirage 200 ex., 18 pages A4.
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12/03/2011

The Gossip, n°2, Nantes, France, 1989

Deuxième numéro de The Gossip, tiré à 70 exemplaires, 30 pages.
Au sommaire : Al Kapott, Bananatrash, The Sisters of Mercy, Hot Bugs, Front 242, Picasso y los simios, EV, La Mano Negra, Les disquaires nantais, New Order, Eddy Louiss, Les Négresses Vertes.
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The Gossip, n°1, Nantes, France, 1989

Début d'une longue opération d'archivage numérique de ma collection de zines (environ 1200...), çà va prendre du temps, soyez patients... Tous les fichiers PDF ont été traités en OCR donc la recherche de mots-clés est possible.

Commençons par The Gossip, fanzine nantais, ayant oeuvré entre 1989 et 1994 (6 n°). L'équipe du zine a également créé le premier zine-guide de la Fête de la Musique en 1990 (The Gossip Hors-Série n°1), organisé quelques concerts, animé l'émission "Pluies et Brouillard" sur Alternantes, et édité la compilation cassette "Rock'n Noël 1989".
Ce premier numéro a été imprimé à 50 exemplaires numérotés (la mention manuscrite "18" apparaît en haut de la couverture de cet exemplaire).
Sommaire du n°1:
Elmer Food Beat, The Maniacs, The Sisters of Mercy, Martel Burin, Front 242, Why Ted?, The Adicts, Ludwig Von 88, Oberkampf, Dossier Hardcore, Link Records
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05/09/2009

Electric Annihilation #1, Frisco, USA, 2009

Premier numéro de ce zine qui affiche d’emblée de fortes ambitions – à l’instar de pas mal de zines US imprimés sur papier journal (Distortion, HeartAttack, Impact…) – puisque le tirage initial est de 5000 ex. et que la distribution est quasi-mondiale via le réseau des disquaires indés et des distros (voir le site d’EA). Le zine a un format plié de 22x29 cm mais se déplie et se lit en 44x29 (pour ceux qui aiment le journalisme de précision), avec poster central (imaginez le rendu d’un poster N&B sur papier journal…). Ce projet mené par Tynan Krakoff s’est fixé pour objectif de soutenir la scène expérimentale, la seule, selon lui, qui pousse la musique dans ses derniers (?) retranchements. Un avis partagé par Henry Rollins (interviewé par email) qui pense que la noise expérimentale est « la seule musique, ou quoi que vous l’appeliez, à ne pas faire de compromis. C’est la voie que le punk aurait dû suivre. La pureté de l’ensemble de la scène est attirante pour moi. De plus, il s’y trouve de vrais talents et de vraies visions. Ce pourrait être le nouveau be bop ». Euh… lui, là !
Une des qualités premières de ce zine est le ton très amateur qui colorie les interviews ; lorsque les artistes ont été rencontrés les questions sont à la fois d’une banalité affligeante (combien avez-vous fait de concerts ? quand avez-vous commencé ?- mais il faut bien apprendre le métier-) et beaucoup plus subtiles, EA ne semblant rien couper mais transcrivant l’ensemble de l’entretien (2 pleines pages pour Sun Araw, 15 questions). C’est un aspect brut de décoffrage qui est très plaisant. Par contre, la grille du questionnaire étant grosso modo la même d’un groupe à l’autre, la lecture devient parfois répétitive, mais bon… Parmi les interviews qui m’ont particulièrement intéressées, celle de John Olson, créateur du label American Tapes et membre de Wolf Eyes, Dead machines, etc. Cette interview dérive très vite en discussion sur la scène de Detroit, les concerts à domicile, la mobilité des artistes qui passent d’un projet à l’autre à l’instar des jazzmen, mais aussi sur l’absence apparente de « sang neuf ».
Je fais une digression : American Tapes tourne depuis 1991 et est devenu depuis quelques années le meilleur label de la scène expérimentale. Meilleur ne veux absolument rien dire certes, disons que c’est le genre de label qui donnent de l’espoir : on peut renoncer à tout compromis et avancer tranquillement, faire évoluer les choses tout en restant intègre. Pour contrer la société de consommation et ses artifices qui nous rendent dépendants, AT a poussé à l’extrême la notion de « collector » et autres raretés : plus de 800 références produites en 18 ans, chacune éditée d’un à deux cents exemplaires, toutes les pochettes étant réalisées à la main… autant dire impossible de tout collectionner, impossible de suivre le rythme infernal des sorties. Si çà vous amuse, allez voir ce qui se vend sur ebay
A propos d’intégrité, suit une interview avec Thurston Moore (dont il manque le début car la K7 n’a pas marché – old school failure!) qui nous raconte comment Sonic Youth s’est débarrassé de son contrat avec Geffen pour pouvoir publier ce qui bon leur semble : la stratégie a été d’honorer le contrat jusqu’au bout en produisant des disques « faciles » à gérer par les gens de Geffen… Sous-entendu, des disques qu’ils n’aimaient pas forcément mais qui leur permettraient d’être tranquilles… ma foi, c’est pas super intègre vis-à-vis de leur public… TM se laisse aussi aller à porter un regard critique de vieux noiseux sur l’évolution de la scène et le retour du format K7 « J’ai toujours pensé que le meilleur médium musical est la cassette normal bias, çà donne un son lourd ». Intéressant reportage sur la scène expérimentale de Göteborg qui est entrée en effervescence depuis deux ou trois ans, d’ailleurs il eut été pertinent de signaler à ce propos la sortir de la K7 « Ett Annat Göteborg » qui regroupe justement ces projets émergents (de la part du responsable de Release The Bats çà frôle la faute « professionnelle » !
site web du zine: www.electricannihilation.tk/

Edit du 8 mai 2011: Tynan vient d'annoncer qu'il abandonne la publication d'EA faute de contributeurs. Après avoir écrit seul ce numéro 1, il cherchait depuis deux ans des renforts capables de proposer de vrais articles de fond. Personne ne s'est manifesté en ce sens, malgré les éloges mérités suscités par ce premier opus. First and last and always...

16/08/2009

Cometbus, USA, 1983-1999


Je lisais récemment une chronique d’Aaron Cometbus (non, ce n’est pas son vrai nom) sur les journaux underground publiés par des lycéens de la côte ouest des USA. Le journal du lycée est une de ces institutions ultra-formatées et ultra-rigides qui codifient, outre-Atlantique, la vie scolaire : écrire dans le journal officiel c’est plus qu’être un bon élève, c’est déjà être un bon Américain. Y être rédacteur, c’est comme devenir pom-pom girl pour l’équipe de football (euh, çà vaut pour les filles seulement), c’est l'une des premières marches de l'escalier de l’ascension sociale, et çà fera la fierté de votre blonde de mère. Garant de la bonne morale, le journal du lycée n’a pas de place pour les sujets de mauvais goût, pour les critiques du système scolaire, pour le laisser-dire. "Sois sage et tais-toi" est la règle numéro un.

A côté de ces journaux adoubés par la morale WASP, vont surgir des journaux underground rassemblant les lycéens frustrés de ne pouvoir exprimer leur vision de la vie, leurs idéaux alternatifs, les sujets qui les préoccupent : la sexualité des adolescents, l’usage des drogues, ou plus simplement de pouvoir délirer sans tomber sous le joug de la censure. Aaron relevait que la motivation première de ces « zineurs » était la frustration voire la rage de ne pouvoir exprimer leur point de vue et l’incapacité des journaux officiels de traiter de sujets qui les intéressent vraiment. Dans un système qui contraint la liberté d’expression et l’individualité, cette rage s’exprime de différente manière : certains font des graffitis et des tags, d’autres détruisent de manière compulsive ce qui a trait à l’institution (chaises, portes, vitres…), en arrivant parfois à l’autodestruction via l’usage abusif de drogues. Quelques-uns expriment leur rébellion en créant un journal underground au sein du lycée. « Students Against Censorship », « Ob-zine », « Piedmont High School Anarchist » sont des titres qui traduisent bien le message que veulent faire passer ces adolescents.

Aaron Elliott, Cometbus

A propos de ce qui motive un (fan-)zineur
En 1981, dans la région de San Francisco, Aaron Elliott (ci-contre) et quelques-uns de ses camarades de classe ont matérialisé leur besoin d’extérioriser leurs frustrations sous la forme d’un zine dont le titre a changé à chaque numéro avant de se stabiliser autour de Cometbus à partir de 1983. Il est exceptionnel que ce zine ait duré plus de vingt-cinq ans et une cinquantaine de numéros. A posteriori, je trouve tout aussi étonnant de constater que The Gossip avait été créé, en 1988, dans un cadre scolaire à peu près comparable, sauf qu’on se trouvait sur la côte ouest de l’Europe, dans un lycée privé catholique. Même motif, même punition. Nous n’avions pas de modèle non plus, plutôt un anti-modèle : Bordel 666. J’avais acheté une copie de ce fanzine (4 francs en occaz) dans l’arrière boutique de chez Fuzz Disques. C’était un véritable OVNI. On a beaucoup rigolé en le lisant et je me souviens que BB s’était gaussé d’un définitif « ils se sont vraiment pas foulé les mecs, on peut faire mieux ». Le « Bordel » posé au milieu de la table, quelques tasses de cafés autour, c’est une première réunion de rédaction qui s’improvise ce samedi après-midi : quel est l’état des troupes ? Nous sommes déjà trois, Anthony, BB et moi (Bunker). Cela fait quelques semaines déjà que l’on va ensemble aux concerts organisés par OUF (Oasis de l’Univers Fun) au Majestic. On pense tout de suite à Pousse-Moussu, notre défricheur de talents qui s’ignorent, Hordax, le spécialiste des nouveaux genres metal (à l’époque on parlait encore de « hard-rock » pour en désigner tous les genres et les sous-genres) et Matoo-Wattoo, fan de rock français et surtout inégalable VRP. Le lundi suivant, c’est à la première récré qu’on réunit tout le monde et que le projet est lancé. Désormais on irait au concert avec un magnétophone non pour pirater, mais pour interviewer les groupes (on les aura préalablement piratés, mais çà fait partie du jeu). La première difficulté est de trouver un nom à ce fanzine. Réunion de crise chez Hordax. « Grolles en fer » proposé par Mattoo nous fera rigoler dix bonnes minutes sur le coup (et il traînera cela comme une vieille casserole pendant au moins cinq ans) ; avec vingt ans de recul, je crois que c’était le titre le plus pertinent, celui qui synthétisait le mieux l’esprit du milieu rock français de la fin des 80’s : les grolles en fer se sont les Doc Martens coquées que nous portions tous (sauf Hordax : le hard-rock n’avait pas encore fait sa révolution vestimentaire, c’était encore tiags et étriers), la traduction dans un français de rue une certaine métaphore de la dissolution réussie du punk rock anglais dans un rock français original (Bondage et New Rose). Sur le moment, la proposition de Mattoo nous avait paru plutôt ringarde. « L’Ancolie vulgaire » est sorti de je ne sais où, mais n’a pas résisté à une dissertation philosophique sur sa signification hautement spirituelle (du genre « ce sera, dans les fanzines, l’équivalent du clair-obscur dans l’art italien de la Renaissance ») et a été balayé d’un « ouais, bein c’est bien prise de tête ton truc ». D’autres propositions éphémères ont animé l’après-midi et, finalement, c’est « The Gossip » qui a fait l’unanimité, parce les potins seraient notre créneau et que nous étions tous fans des Toy Dolls et de leur morceau « Iddle Gossip » (d’où l’usage a priori incorrect du singulier). The Gossip était maintenant né. Le contenu était toujours vide mais nous savions déjà ce que serait la forme : un anti-Bordel 666. Bordel 666 était crade, mal photocopié, raturé de partout… punk quoi. Nous, nous voulions faire quelque chose de propre, nous étions tous d’accord là-dessus : la propreté de notre fanzine serait le gage de son sérieux. Comme quoi un projet « rebelle » conçu dans un lycée fondamentaliste n’est jamais totalement « rebelle ». Il n’y a pas mieux que Jésus-Christ pour vous blanchir le cerveau et faire de vous des agneaux subversifs mais propres sur eux.

Cometbus, c’est la vie sans internet
La chronique de Cometbus que j’évoquais en introduction recense une dizaine de journaux lycéens alternatifs parus au cours des années 80. Elle a été publiée en 1990 et fait partie des 608 pages réimprimées dans une anthologie sélective (plus de 2000 pages ont été publiées entre 1981 et 1999) du zine nord-californien. Despite Everything. A Cometbus Omnibus, a été éditée par Last Gasp en 2002. Aaron Cometbus, né en 1968, fanzine depuis l’été 1981 et illustre terriblement bien ce qui motive les fanzineurs : l’envie de partage, de raconter tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi, de sortir des sentiers battus de l’écriture quelle soit d’ordre journalistique, politique, critique, etc. Que le punk ait été l’étincelle qui a fait exploser le fanzinat n’a rien d’étonnant (facile) : l’esprit DIY (quelque chose comme « fais ce que tu veux, comme tu veux et, surtout, arrête de demander l’autorisation à ta mère ») a ouvert une brèche que les journalistes en herbe et en héro se sont pressés d’agrandir à coup de machines à écrire crachoteuses. Cometbus n’est pas un fanzine punk, c’est un zine de punks, un carnet de voyage dans le monde de la culture punk californienne : Aaron Elliott en est le noyau autour duquel gravite des amis, des rencontres fortuites au cours de voyage « à l’arrache » à travers les USA. Peu de chroniques de concerts au début, peu d’interviews, rien sur les disques, des extraits d’autres zines quand même, mais rien de vraiment prévisible : on est « sur la route » avec un punk aux cheveux bleus… L’esprit débridé de Cometbus est impossible à résumer mais la variété des rubriques parle d’elle-même : « Cereal news », et si nous allions vider le rayon de céréales de la supérette du coin et faisions un test comparatif ? un vrai challenge aux USA, voici la liste des céréales testés en 1990 : Cap’n Crunch, Teenage Mutant Ninja Turtle Cereal, Chex, Lucky, Barbie Cereal, Dinersaurs, Oatmeal, Coca Puffs, Trix, Sonny, Batman Cereal, Kix, Quisp, Morning Funnies, Maizoro Corn Flakes, Wheatabix, Nintendo Cereal System, Post Raisin Bran, Crunchberries, Alpha Bits, Breakfast Bears, Fruit Mamba Cereal, Pink Panther Cereal, Fruit Brute Cereal, Freakies Cereal, Fruity Pebbles, Cocoa Pebbles, Waffelos… on serait presque jaloux de ne pas être Américains au petit-déjeuner ; « The LA bathroom report », un multi-top chiottes local, « The Watermelon Dude Zone », une revue critique des livres pour enfants de la bibliothèque du quartier ; « The junkshops of uptown », un classement de la "volabilité" des boutiques de bric-à-brac (évaluée selon le potentiel de représailles – gars qui court vite ou pas, seul ou nombreux, regard vicieux ou pas –, et le potentiel de culpabilité – voler une petite vieille qui ouvre son magasin spécialement pour vous, çà fout une bonne dose de remords). Et puis on trouvera, au détour d'une page, quelques uns des petits joyaux qui font l'histoire du punk US : un compte-rendu graphique de la première tournée USA-Vancouver de Green Day (Aaron fait le roadie… il s’attarde sur les différences culturelles des Canadiens : pas les mêmes céréales (décidément!), ni les mêmes chewing-gums...), ou bien les reproductions de vieux zines (charnière des années 70-80). Des chroniques ciné qui deviendront des chroniques TV dès lors que le prix d’une entrée au cinéma a dépassé $5 et que l’auteur des chroniques se refuse de payer plus de $5 pour voir un film. Et puis le courrier des lecteurs, la seule rubrique régulière finalement, est une source intarissable de sourires. Cometbus, c’est la vie sans internet : tout se passe dans la rue, dans les bars, dans les caf’conc’, avec des gens, des vrais, des rencontres, des vraies. Çà vous rendrait presque nostalgique!
Graphiquement, Cometbus a imposé un style : celui du zine très largement manuscrit (parfois exclusivement), illustré de dessins cheaps, parfois de photos lo-fi. Un véritable esprit DIY que l’on retrouvera plus tard chez Rad Party, par exemple (ce n’est pas un hasard si Small Budget Productions, dirigé par Stéph de RP, a édité en 1997 un recueil traduit de Cometbus sous le titre En dépit de tout…).